Dossier "Architecture scolaire, poser les bonnes fondations"
Abbeville (80) | Une école construite avec ses usagers
21 décembre 2016

Installée dans des préfabriqués depuis les inondations de 2001, l’école Rouvroy a déménagé l’hiver dernier dans des locaux neufs. Une construction à laquelle a été associée l’équipe éducative qui en ressent les effets sur le climat et les pratiques.

La Somme coule toujours non loin du groupe scolaire Rouvroy à Abbeville. Et la zone est toujours inondable. Mais tout a été fait pour que la nouvelle école ne connaisse pas les déboires d’avril 2001. Plus d’un mètre d’eau boueuse partout et un déménagement en catastrophe dans des préfabriqués. Sept ans plus tard, la nouvelle municipalité annonce la construction d’une nouvelle école, « mais personne n’y croyait », reconnaît Cyril Louvet, alors directeur de l’élémentaire.

Pourtant, les premières réunions s’organisent. « Les enseignants ont été associés à chaque étape », précise Julien Marzack, directeur général adjoint des services de la mairie qui a investi 6 millions d’euros. Les enseignants sont à chaque réunion, représentés par Cyril et quand la mairie lance le concours d’architectes, il a voix délibérative. Le projet du cabinet Paul Dudzik séduit parce qu’il voit grand et qu’il a prévu de « faire évoluer le projet en fonction des demandes ».

L’architecte vient sur place rencontrer l’équipe éducative, écouter les besoins. « Et l’intégralité de ce qui a été demandé a été pris en compte », se félicite le directeur actuel, Nicolas Pécoul. Les familles souhaitent ainsi un impact moindre sur l’environnement, du bois, des espaces verts. Quant aux professeurs, ils saisissent l’occasion de réfléchir à ce qui améliorerait et climat scolaire et pratiques. « Ils ont tout de suite voulu des surfaces confortables, des circulations fluides, de la lumière naturelle, relate l’architecte, ainsi qu’une bonne isolation phonique et un équipement moderne ».

Un sacré changement


 L’équipe demande ainsi un vidéoprojecteur et un TBI dans chaque classe pour utiliser au quotidien le numérique. Elle souhaite également un atelier pour deux classes afin de lancer de nouveau des projets plastiques longs, papier mâché, peinture, films d’animation « sans avoir à tout débarrasser ». Après plusieurs retards, c’est en janvier dernier que tout le monde a investi les lieux. Un sacré changement. Finies les bousculades, voire les accidents, dans des locaux tristes et exigus, il y a de la place et du calme, une salle d’anglais, un espace périscolaire, une infirmerie...

« Cela a modifié la vision de l’école des élèves et de leurs parents » selon les enseignants qui peuvent inclure les élèves d’ULIS, varier leurs modalités pédagogiques. « Travailler en groupes par exemple c’était impossible », se souvient Cyril, « une fois les enfants installés, on ne pouvait plus bouger, même pour aider ». Les ateliers permettent aussi le travail en autonomie d’élèves, « On a fait plein d’exposés cette année », apprécie Kenny en CM2.

Enfin, les nouveaux locaux favorisent les échanges inter-cycles puisque sont réunies la maternelle et l’élémentaire. « Avant, on avait du mal à se voir », reconnaît le directeur. Les plus grands vont lire aux plus jeunes, la salle de motricité est partagée, un projet cirque d’élémentaire y a vu le jour. « Jusqu’ici le sport, c’était sous le préau ou dans la cour ».

EN BREF

TOILETTES
ON SE RETIENT !


L’état des toilettes dans les établissements scolaires ne s’améliore pas. Défaut d’hygiène, manque d’intimité, zone d’insécurité... à tel point qu’un tiers des élèves préfère se retenir plutôt que d’y passer. Un comportement qui favorise maux de ventre, constipation et troubles urinaires.

La situation dénoncée aussi bien par le ministère de l’Education nationale que par la FCPE est complexe à gérer pour les établissements. Comment en assurer la propreté et la sécurité tout en en facilitant l’accès, comme le recommandent les médecins ?

Un problème à prendre aussi en compte lors de la construction des bâtiments scolaires.
EN BREF

ÉCOLES VÉTUSTES
SOUTENIR LES RÉNOVATIONS


Une mission interministérielle sur l’amélioration du patrimoine scolaire vient d’être lancée car des écoles des cités populaires en banlieue parisienne, à Marseille ou ailleurs, se trouvent dans un état de délabrement inquiétant.
La mission remettra son rapport au Premier ministre fin janvier.

Si c’est aux communes d’assurer l’entretien des écoles, Najat Vallaud-Belkacem, en visite dans des écoles à Marseille, a annoncé que l’État viendrait en aide à certaines villes de banlieue ne disposant pas de moyens suffisants, dans le cadre du nouveau programme de rénovation urbaine. Si une école au cadre agréable est propice aux apprentissages, elle est aussi « un facteur d’attractivité qui contribue à la mixité sociale » a ajouté la ministre.
EN BREF

COLLOQUE
QUALITÉ DE VIE À L’ÉCOLE


Le Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) et le Cren (Centre
de recherche en éducation de Nantes) organisent les 1er et 2 juin à Nantes un colloque international pluridisciplinaire sur « La qualité de vie à l’école ».

Les systèmes éducatifs doivent prendre en compte cette dimension car les expériences que vivent les enfants dans le cadre scolaire sont susceptibles de jouer un rôle à la fois dans leur réussite scolaire, leur qualité de vie globale, leur développement et leur trajectoire de vie.

La question de « l’impact du cadre de vie scolaire sur la qualité de vie des élèves » interrogera l’architecture et l’aménagement des établissements mais aussi l’utilisation spatiale et temporelle des espaces scolaires.

L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Histoire – Le bâtiment scolaire reflet de son époque
- « L’importance du bâti sur les apprentissages et l’ouverture d’esprit » - 3 questions à Bernd Hoge, architecte-ingénieur
- Abbeville (80) – Une école construite avec ses usagers
- Trébédan (22) – Une rénovation artistique et écologique
- « L’architecture scolaire n’est jamais neutre » - Entretien avec Maurice Mazalto, ingénieur, proviseur de lycée honoraire, membre des Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active)
- « Un bon dispositif donne de la souplesse » - 3 questions à Nicole Devolvé, ergonome spécialiste des situations scolaires (université Toulouse)