LA MAIN A LA PATE
Draguignan  : investigation scientifique remise sans cesse à l’ouvrage  !
7 mars 2017

Quand des GS mènent un projet sur la fabrication des vêtements.

Une classe de GS de l’école maternelle Jean Jaurès à Draguignan (83) s’intéresse à la fabrication des vêtements à partir de fibres naturelles. Un projet scientifique et interdisciplinaire qui a remporté le premier prix de La main à la pâte.

« Dessus, dessous, dessus, dessous, dessus, dessous. Et quand on a deux fils à chaque doigt on fait passer celui qui est le plus près de sa main par-dessus le doigt.  » Assis autour de leur maîtresse, Youssef, Lana, Lilirose, Shahina, Aymen, Edwin, Wilsen et Quentin se remettent sans cesse à l’ouvrage et ils seront bien déçus quand la fin des deux autres ateliers en parallèle sonnera la fin du leur. Ce matin, on travaille à partir de la laine et après avoir vu que l’on peut tricoter à partir d’aiguilles ou de crochets, ces jeunes élèves apprennent à tricoter avec leurs doigts. Une manière très astucieuse de travailler la motricité fine et la coordination des gestes. «  Certains élèves y ont passé des heures l’an dernier  », raconte Geneviève Soudet, enseignante à l’école maternelle Jean Jaurès de Draguignan dans le Var. «  Ils étaient fiers de voir se dérouler ainsi leur production.  »

Tourisme vestimentaire

Aujourd’hui «  Loup  », la mascotte de la classe qui se promène dans le monde à la découverte des vêtements et à la recherche d’une robe pour sa louve, arbore une jolie tenue réalisée dans un tissu provençal. Après avoir vu les tissus africains, les élèves découvrent maintenant la Provence avant de partir bientôt à la rencontre de l’Asie. Ce projet déjà conduit l’an dernier a été récompensé par le premier prix de la fondation La main à la pâte. Car si le travail de Geneviève permet aux élèves de découvrir et d’explorer le monde il repose d’abord sur une démarche d’investigation scientifique. Se poser des questions, émettre des hypothèses, expérimenter et élaborer des éléments de réponse. «  Ainsi dans un album de Brigitte Marleau, ‘’Laine et Mouton’’ aux éditions "Les 400 coups’’, on voit une dame tricoter un pull directement à partir de la laine encore sur le mouton. On s’est demandé si c’était possible et à partir de là nous avons démarré nos recherches  », raconte l’enseignante. De la toison ramenée en classe a rendu concrète les étapes nécessaires à la fabrication du fil de laine, le cardage ou le peignage avant le filage grâce au fuseau et au rouet. Un nouveau vocabulaire qui vient alimenter le capital linguistique des élèves de la classe qui manipulent ces mots avec aisance le matin au coin regroupement.

Le projet qui se déroule toute l’année se décline en plusieurs étapes. Dans un premier temps, les élèves découvrent les matières premières textiles (laine, coton, soie et lin) et la manière de les traiter pour obtenir du fil. Dans un deuxième temps, ils vont s’intéresser à la production du textile lui-même (tricotage, tissage, feutrage) et ensuite ils iront jusqu’à confectionner des vêtements à partir de tissus.

« On part de ce que l’on aime, toujours … »

Pour Geneviève, passionnée de tissus et de traditions populaires, réussir à trouver des activités pour la classe fut une évidence après avoir mené quelques années auparavant un projet ambitieux sur la teinture des tissus. Car comme elle le dit, « on part de ce que l’on aime, toujours … » Et cette passion, ses élèves l’ont abordée en début d’année à partir de la lecture des étiquettes de leurs propres vêtements. «  Que nous disent-elles  ? À quoi servent-elles  ?  » Des questions qui ont permis de faire un premier tri entre les tissus d’origines naturelles et les autres, synthétiques. Ce premier prix de La main à la pâte constitue pour Geneviève, une reconnaissance du travail accompli et la possibilité d’aller plus loin. « Avec le prix attribué à l’école, nous allons investir dans une machine à coudre  », confie-t-elle. De quoi donner de nouvelles perspectives à ce projet déjà riche.


« Susciter la curiosité et l’activité réelle des élèves » : 3 questions à Clotilde Marin-Micewicz, coordinatrice nationale du réseau des centres pilotes de La main à la pâte

Professeure des écoles et maître formatrice, Clotilde Marin-Micewics est docteur en sciences de l’éducation. Elle est actuellement responsable adjointe nationale du pôle « Réseaux éducatifs d’expérimentation » de la Fondation La main à la pâte.

Pourquoi une démarche d’investigation scientifique à l’école  ?

Un enseignement fondé sur l’investigation permet de mettre les enfants en situation de découvrir et d’observer le monde qui les entoure, de le questionner, d’expérimenter et d’échanger avec d’autres. Les élèves vont pouvoir formuler des hypothèses, les tester, argumenter sur la base des faits qu’ils discuteront et tirer progressivement des conclusions qu’ils communiqueront sous des formes variées. C’est ainsi que procède la science vivante en train de se faire. A l’école, on peut construire des activités passionnantes suscitant la curiosité et l’activité réelle des élèves même si celles-ci doivent rester guidées par les professeurs qui ont un rôle central.

Qu’apportent les actions de la main à la pâte  ?

La main à la pâte propose des aides variées et accessibles qui favorisent la compréhension de la science et de ses enjeux. Nous mettons à disposition des ressources scientifiques et pédagogiques, des actions de développement professionnel et nous animons des réseaux éducatifs d’expérimentation pédagogique comme le réseau des 23 centres pilotes. L’objectif est de favoriser des innovations, d’en mesurer les effets et de les diffuser pour qu’elles servent au plus grand nombre. Nous sommes convaincus que les projets d’investigation scientifique permettent de rendre les élèves curieux et autonomes en s’attachant à développer leur capacité de raisonnement et d’argumentation.

Comment aider les enseignants qui n’osent pas  ?

Beaucoup d’enseignants sont effrayés par l’enseignement des sciences. Mais dès lors qu’on leur fournit des outils facilement utilisables, des éclairages scientifiques adaptés, ils s’en emparent. En parallèle, il est important de les accompagner et c’est ce que font les coordonnateurs locaux de centres pilotes et tout le réseau national de l’Accompagnement scientifique et technologique à l’école primaire (ASTEP) qui permet par exemple à des étudiants en science de participer à des séquences aux côtés des professeurs. Une autre piste à ne pas négliger est l’ouverture interdisciplinaire. C’est une entrée qui peut faire moins peur qu’une entrée frontale sur la science et la technologie. De nombreux sujets d’études se prêtent aux décloisonnements disciplinaires et ouvrent la porte à des collaborations fructueuses.


Ressources

FONDATION LA MAIN À LA PÂTE : Du concret pour faire des sciences en classe

On trouvera sur le site de la fondation La main à la pâte l’ensemble des actions en cours et à venir ainsi que les démarches et activités menées par les lauréats du concours les années précédentes. Les dossiers complets des projets menés en classe sont mis à disposition en ligne afin «  d’irriguer les pratiques riches qui ont fait leur preuves  », comme le disent les concepteurs et bénévoles de la fondation de La main à la pâte.
- Voir le site

RÉSEAU ASTEP : Accompagnement des sciences et de la technologie à l’école primaire

Toujours dans le cadre des actions de La main à la pâte, le réseau ASTEP met en contact des professeurs des écoles, désireux de se faire accompagner par des étudiants ou des chercheurs en science pour mener leurs activités de classe. Des conventions qui permettent aux étudiants d’approfondir leurs connaissances du monde du travail et de mettre en pratique les connaissances acquises à l’université.
- Tous les renseignements ici

FRANCAS : Oser les sciences

De nombreux mouvements pédagogiques dont Les Francas travaillent depuis leur création à la promotion de la pratique des sciences dès le plus jeune âge. Réputés pour leurs compétences sur la formation à la construction et au lancement de micro-fusées, les Francas proposent des fiches activités et des outils que de nombreux enseignants n’hésitent pas à mettre en œuvre dans la classe. La revue Camaraderie de janvier 2014 que l’on trouve en téléchargement y consacre un dossier complet.
- Le site des Francas