Dossier "Architecture scolaire, poser les bonnes fondations"
« L’architecture scolaire n’est jamais neutre »
21 décembre 2016

Entretien avec Maurice Mazalto, ingénieur, proviseur de lycée honoraire, membre des Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active)

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’architecture scolaire ?

J’ai été nommé dans un lycée général et technologique (LEGT) en Normandie qui avait été prévu pour 400 élèves et qui en comptait déjà 600. Il a fallu tripler la surface de cet établissement qui comptait 1 300 élèves lorsque je l’ai quitté. Par ailleurs militant de l’éducation nouvelle, je me posais des questions sur l’impact de l’architecture sur les apprentissages et le vivre ensemble et c’est donc cette rencontre entre la nécessité professionnelle et mon questionnement pédagogique qui m’a conduit à m’intéresser à cette question. J’ai pu faire le constat que l’architecture scolaire n’est jamais neutre. Les espaces et les bâtis matérialisent des intentions éducatives, qu’elles soient conscientes ou inconscientes de la part des architectes ou des collectivités. D’où l’importance d’apprendre à lire l’espace scolaire.

L’architecture peut-elle faire évoluer la pédagogie ?


 On constate que l’évolution des méthodes pédagogiques est toujours plus rapide que les espaces qui les accueillent. Lorsqu’on fait une école, on la conçoit pour un temps long. Les gens qui y travaillent vont par contre évoluer dans leurs pratiques pédagogiques. Il y a une discordance.

La chercheuse Marie-Claude Derouet-Besson a montré que les espaces peuvent accompagner, améliorer les pédagogies mais en aucun cas les créer. Une pédagogie ne se transforme pas avec l’architecture. L’espace accompagne mais n’est pas le moteur de création. Si l’on prend l’exemple d’une salle de classe dans une école primaire avec des tables en « autobus », rangées face au tableau, elle ne sera pas adaptée à la mise en place d’un travail collaboratif. On est bien dans un système où l’organisation est adaptée à un type d’enseignement et si on change de méthode, l’organisation se trouve alors en décalage. S’il est possible de déplacer des tables, il sera plus compliqué de pousser les murs pour agrandir les espaces.

L’école d’aujourd’hui a-t-elle besoin d’une nouvelle architecture ?


 L’introduction des outils numériques dans les écoles maternelles et élémentaires bouscule l’architecture scolaire. Le numérique est un outil facilement utilisable notamment lorsqu’il est nomade. On peut l’utiliser dans des endroits ignorés de l’école comme la cour ou les couloirs. Le numérique convient très bien à un travail de recherche seul ou en petit groupe. Ce qui signifie qu’il est intéressant de multiplier des espaces qui peuvent être modulables, et transformables. Les sièges et les tables doivent pouvoir être déplacés facilement. Des moments collectifs autour d’un TNI ou d’un vidéoprojecteur sont aussi nécessaires. Le pragmatisme du futur ce sont des organisations et des structures qui ne soient pas figées comme elles le sont actuellement.

Quels conseils donner à une équipe d’école inscrite dans un projet de construction ou de rénovation ?


 Il faut contextualiser par rapport au lieu dans lequel on envisage la construction ou la rénovation. Il n’y a pas de réponse type. Si vous êtes dans le pays niçois ou en Bretagne la réflexion sera différente. Ensuite, il faut réfléchir aux différents pôles d’usages dans une école. Certains sont dédiés aux apprentissages, d’autres à des moments de vie quotidienne et de détente, et d’autres à la vie des adultes. Les circulations doivent aussi être investies et il peut être intéressant d’y insérer des alvéoles qui permettent de se poser en petit groupe.

L’essentiel est de ne pas se faire piéger par l’esthétisme comme une fin en soi, les espaces doivent surtout être efficaces dans leurs fonctions et permettre de mieux y vivre.

Un endroit extrêmement important est la cour de récréation. Non aménagée, elle ne permet pas de prendre en considération les besoins des élèves. Toutes les activités, tous les âges et les deux sexes doivent pouvoir y trouver des territoires adaptés : par exemple, une cabane, des gradins pour des activités calmes, un espace dégagé, repéré au sol pour des activités physiques, une piste tracée pour les vélos. Lorsqu’on y arrive, les espaces ne sont plus un enjeu de pouvoir et le bien-être à l’école s’en trouve amélioré. Il est souvent utile également d’interroger les élèves sur leurs souhaits, ils ont plein d’idées.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Histoire – Le bâtiment scolaire reflet de son époque
- « L’importance du bâti sur les apprentissages et l’ouverture d’esprit » - 3 questions à Bernd Hoge, architecte-ingénieur
- Abbeville (80) – Une école construite avec ses usagers
- Trébédan (22) – Une rénovation artistique et écologique
- « L’architecture scolaire n’est jamais neutre » - Entretien avec Maurice Mazalto, ingénieur, proviseur de lycée honoraire, membre des Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active)
- « Un bon dispositif donne de la souplesse » - 3 questions à Nicole Devolvé, ergonome spécialiste des situations scolaires (université Toulouse)