Nice : la photographie, un langage parmi d’autres
14 décembre 2016

Des ateliers photographiques pour pratiquer des activités langagières dans le cadre d’un fort étayage culturel.

Khadija, Sarya, Nasra, Mohamed et Dominique élèves de CM2 de l’école René Cassin à Nice, entourent Orphée Grivard- Ponthieux le photographe-intervenant qui leur demande de s’organiser en binômes pour être tour à tour photographe et sujet. Aujourd’hui on se préoccupe de cadrage, de mise au point mais aussi de lumière, profitant du timide retour du soleil suite à deux jours de pluie. Après une série de “shoots” on découvre les photos et les commentaires vont bon train. L’intervenant a le souci de ramener les élèves à ce qui doit devenir leur préoccupation d’apprentis-photographes et engage la discussion autour des effets produits. Pour Virgile Luigi, l’enseignant de la classe, qui travaille depuis 15 ans dans cette école du quartier REP+ de l’Ariane, ces ateliers sont d’abord au service des apprentissages. « Il ne s’agit pas seulement de faire des photos, précise- t-il mais bien de faire des choix sur ce que l’on veut dire et raconter grâce à la photographie. Les photos sont utilisées comme déclencheur de texte et peuvent permettre de travailler un type d’écrit, une forme dialoguée par exemple. Ou à l’inverse, des élèves partent à l’atelier photo avec des textes écrits en classe et leur donnent un prolongement par la photo ». C’est aussi pour cet enseignant un moyen de travailler avec ses élèves à la lecture d’images en leur donnant petit à petit les outils langagiers nécessaires.

Du numérique à l’argentique

« Un pari que l’on recommence chaque année, confie Virgile. Lorsque les élèves prennent conscience que ces projets nourrissent leurs apprentissages, ils peuvent alors accepter les contraintes des multiples réécritures que cela nécessite et éviter ainsi de se déprécier ». L’organisation est serrée et minutée, quatre ateliers fonctionnent en parallèle et la préparation menée de manière rigoureuse avec l’intervenant en amont permet d’éviter les temps morts. « Il faut que les élèves soient rapidement en activité », estime Virgile, « les contraintes matérielles du projet ne doivent pas faire perdre du temps consacré aux apprentissages ». Ces ateliers de début d’année sont volontairement courts pour permettre à tous les élèves de s’approprier les règles de base de la photographie. D’où le choix du numérique qui permet de multiplier les expériences. Ensuite d’autres techniques seront abordées, « la photographie argentique bien sûr mais aussi la chambre et le sténopé », détaille Orphée. Ces travaux, les élèves peuvent déjà en voir des traces, issues des ateliers et de l’exposition de l’an dernier, dans les couloirs de l’école.

La photo pour faire culture commune

Ce projet autour de la photo s’inscrit dans un véritable « nourrissage culturel » que Virgile a réussi à tisser patiemment. Les productions de la classe sont mises en avant dans le cadre du Sept off, festival de la photographie méditerranéenne, organisé à la bibliothèque de quartier. L’an dernier, lors d’un travail de médiation avec l’artiste-photographe Patrick Tosani, les élèves ont réalisé une mise en voix et en espace autour de ses travaux photographiques. Ils ont distribué aux spectateurs des textes écrits suite à la découverte des photos. « Un moment fort pour la classe », se souvient l’enseignant. Pour l’heure les élèves vont poursuivre leurs découvertes et partir bientôt visiter une exposition photo de la villa Arson autre lieu culturel de la ville. Il faudra aussi qu’ils réfléchissent à ce qu’ils veulent faire pour le concours Portraits pluriels, dans lequel l’enseignant a trouvé un autre moyen de motivation pour, comme il le dit, « embarquer ses élèves ».


Trois questions à Isabelle Lovreglio, conseillère pédagogique départementale en arts plastiques et visuels dans les Alpes-Maritimes

Pourquoi pratiquer la photographie à l’école ?
L’image, très présente dans notre société et dans l’espace classe, nécessite de construire une approche critique. La photographie permet de mettre l’œil dans un viseur et d’apprendre à regarder. On doit développer cette appétence chez nos élèves. Se mettre derrière un appareil photo oblige à ne plus subir ce que l’on voit. Notre œil est un appareil photo dont il faut apprendre à se servir. La photographie permet de changer le regard et pas seulement sur l’image. On essaye de comprendre un processus ou une intention au-delà de la seule appréciation esthétique, on apprend à décrypter.

Comment faire en classe ?
L’enseignant doit se donner l’objectif de faire passer les élèves d’une pratique intuitive à une pratique réflexive. On retrouve cette progressivité sur l’ensemble du parcours d’éducation artistique et culturelle. La photographie est un bon moyen de poser des questions aux enfants qui vont devoir trouver des réponses en explorant les possibles et passer d’une intention à une réalisation. Ces réponses diverses obligent l’alternance de temps de pratique et de temps réflexifs pour confronter son regard à celui des autres. La rencontre avec des artistes photographes apporte aussi un autre point de vue. L’appareil numérique permet de produire beaucoup et de garder la magie de l’œil posé sur le viseur. La photographie argentique reste très intéressante mais nécessite bien souvent un intervenant. On peut également explorer la retouche d’image ou la mise en mouvement.

Comment se lancer ?
Le travail en atelier est une organisation pédagogique à privilégier car on a rarement autant d’appareils photos que d’élèves. Pendant que certains prennent des photos d’autres peuvent travailler à partir de cadres en papier, d’autres sur des photographies existantes. La construction d’un « roman-photo » permet par exemple assez facilement ce découpage en tâches précises. De nombreuses pistes très pragmatiques sont proposées sur le site « Eduscol ». Bien sûr on peut également faire appel aux conseillers pédagogiques spécialistes et s’inscrire dans les nombreux projets départementaux ou nationaux qui mettent à disposition de nombreuses ressources.


Ressources

Le portrait et la photographie
Le portrait a toujours eu une place de choix dans les travaux des artistes photographes. La question de la seule ressemblance a vite été dépassée pour aller vers d’autres recherches induisant une relation particulière entre le photographe et son modèle. Une série thématique avec Portraits visages mais aussi des travaux de photographes comme ceux de Minot-Gormezano.
- Sur le site de la BnF

Surlimage
Une banque de ressources sur l’éducation à l’image et aux médias, de sites ressources sur la photographie, le cinéma, l’affiche, l’image numérique… De quoi trouver des photos, vidéos, textes qui parlent de l’image, pour la classe et pour la formation de ceux qui veulent aborder l’image avec leurs élèves.
- Le portail

Banque de données
Un ensemble de dossiers sur la photographie, l’image, le cinéma sont mis à disposition sur ce site par les pôles régionaux d’éducation et de formation aux images. Une énorme banque de données et ressources, un passage obligé si l’on est à la recherche d’outils et de pistes de travail pour la classe. De nombreux dossiers questionnent la place de l’image dans notre société et les enjeux posés pour les éducateurs.
- Entrer dans la banque