Nouveaux enseignants
Quelle "professionnalisation" des nouveaux enseignants ?
22 février 2011

Benjamin Gesson est doctorant à l’université Bordeaux 2. Il travaille sur la professionnalisation des professeurs des écoles.

Les IUFM étaient-ils un lieu de formation de l’identité enseignante ?

Après les Ecoles normales, les IUFM ont continué à fabriquer « un habitus enseignant ». Le fait de partager des moments communs dans un lieu commun a contribué, sans le formaliser, à l’acquisition d’éléments de langage spécifiques, à l’imprégnation d’une « culture enseignante ». Ces signes - évidents pour un observateur extérieur qui peut se sentir exclu du « parler enseignant » - étaient vécus positivement par les stagiaires, indépendamment de l’avis qu’ils pouvaient porter sur leur formation. Cette socialisation enseignante a perduré durant les 30 dernières années malgré les profonds bouleversements de la formation initiale. On pense généralement que les enseignants ont peu d’appétence pour le monde enseignant lui-même. Or cette socialisation marque l’intégration professionnelle des nouveaux enseignants et leur identification à des codes et des valeurs issus de ce monde enseignant.

Remarque-t-on des différences depuis la rentrée ?

Depuis le début de cette année scolaire, les PES, professeurs d’école stagiaires, disent clairement que l’installation sur un poste (voire plusieurs classes) ne leur permet pas de tisser des liens, de discuter du métier, de « comment on travaille », ce qui met en question la formation d’une identité collective propre à ce groupe professionnel. Les enseignants des IUFM le confirment.

L’évolution du recrutement a-t-elle des conséquences ?

Avec la masterisation, la tendance sur le recrutement initiée dans les années 70 se poursuit : la part des enfants du « peuple » diminue, en particulier celle des ouvriers et des agriculteurs dont on pensait qu’elle pouvait être gage de proximité entre les valeurs des élèves et celles des maîtres. Aujourd’hui les enseignants sont majoritairement issus des professions intermédiaires, cadres et professions intellectuelles supérieures. On pourrait imaginer que cela les éloigne de la référence historique au hussard de la République. Or, il s’avère que cela a peu de conséquences sur le sens qu’ils donnent à leur métier et à leur travail en classe. Cela est prouvé par les enquêtes sur les motivations du choix du métier qui restent les mêmes que celles des générations précédentes : proximité avec les élèves, vocation. De même la sociabilité enseignante reste endogame, les enseignants se fréquentant beaucoup.

Pas de changement en profondeur donc ?

On ne note pas de rupture profonde, leur degré d’engagement dans les associations, en politique... restant plus élevé que pour le reste de la population. On peut sans doute remarquer qu’ils relativisent l’engagement dans des institutions historiques comme les syndicats. Ces derniers peuvent apparaître comme des institutions du passé... même si les nouveaux enseignants se montrent particulièrement aptes à s’en saisir lorsque cela peut leur être profitable.

Au final, leur rapport aux valeurs à moins changé sur le fond que sur la forme, et ce notamment parce qu’ils en ont intériorisé le contenu durant leur formation initiale. La question du rapport aux valeurs développé par les PES devra donc être surveillée de près dans les prochaines années…