Dossier "Pédagogie différenciée | C’est ouvrir les bonnes portes"
« Veiller à ne pas creuser les écarts »
1er avril 2017

3 questions à Sabine Kahn, professeure en sciences de l’éducation (Bruxelles)

Quel impact peut-on attendre de la pédagogie différenciée pour la réussite des élèves ?

Avant même de parler de pédagogie différenciée, il faut savoir que des pratiques ordinaires peuvent avoir une dimension différenciatrice. C’est-à-dire que, à l’insu du professeur, certains élèves passent complètement à côté de ce qu’on veut enseigner et exécutent des choses dénuées de sens pour eux. C’est donc dès le départ qu’il faut avoir une attention particulière aux élèves les plus fragiles, les plus éloignés de la culture scolaire pour les amener à comprendre ce qui s’y joue. Mais il y a une telle pression sur les enseignants pour qu’ils fassent de la différenciation pédagogique que se développent des pratiques pas toujours heureuses.

C’est-à-dire ? Y a-t-il des pièges à éviter ?

Dans une logique d’adaptation aux élèves plus fragiles, on peut être tenté d’éviter de les confronter à la complexité et c’est une erreur, il est important de garder les mêmes exigences pour tous, de ne pas simplifier la tâche au point de les faire passer à côté des compétences visées. Par exemple, si on propose en début d’année à des CE1 petits lecteurs des supports de CP, cela doit évoluer afin qu’ils rejoignent rapidement les autres. Il faut veiller à ne pas creuser encore les écarts.

Comment répondre alors à l’hétérogénéité des classes ?

Il est possible de simplifier mais pas sur les dimensions cognitivement les plus importantes. Si des élèves ont du mal à écrire des textes, on peut accepter des textes plus courts ou le recours au traitement de texte mais en gardant le cap de ce qui fait l’essentiel d’un texte. En revanche qu’ils présentent un résultat à l’oral plutôt qu’à l’écrit, non, car cela modifie la compétence exigée qui est de construire un texte.

Cela demande aux enseignants d’être au clair avec ce qu’ils enseignent, pour anticiper les difficultés et ne pas attendre qu’elles adviennent et s’installent. Le co-enseigner peut être une modalité intéressante quand ce n’est pas de la remédiation. Cela peut permettre au titulaire de la classe de se placer en position d’observateur aussi, de voir ses élèves en train d’apprendre et de se confronter au complexe.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Pas une mais des différenciations
- « Veiller à ne pas creuser les écarts » - 3 questions à Sabine Kahn, professeure en sciences de l’éducation (Bruxelles)
- Ecole Léon Grimault à Rennes – Pour que chacun trouve son chemin
- Menglon (26) – Conjuguer la diversité…
- « Les objectifs de savoir pour tous ne sont pas négociables » - Entretien avec Dominique Bucheton, professeure honoraire de l’université de Montpellier