« Rien n'a changé sur le terrain des discriminations »

Publié le 06.03.17

Les violences policières continuent à embraser les quartiers. Le sociologue Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, livre son analyse à Fenêtres sur cours.

De Vaulx-en-Velin à Aulnay-sous-Bois, 30 ans après, est-ce toujours la même histoire ?

Hélas oui. La séquence est toujours la même : un beau matin, des violences policières particulièrement fortes sont la goutte d'eau qui fait déborder le vase de la rancœur qu'une bonne partie des habitants accumulent tous les jours durant le reste de l'année. La nuit, l'émeute s'organise. Les policiers cherchent à arrêter les « meneurs » pour décourager les autres. En général, ils attrapent seulement ceux qui courent le moins vite. Déférés au parquet, ils sont jugés en comparution immédiate et écopent de peines de prison ferme disproportionnées par rapport à leurs gestes. Depuis 30 ans, aucun gouvernement n'a modifié ce scénario.

Qu'est-ce qui se joue dans ces banlieues ?

Les quartiers pauvres et dégradés le sont toujours. Les milliards engloutis dans le béton de la « rénovation urbaine » n'ont pas changé les problèmes quotidiens des habitants, à commencer par le chômage qui dépasse souvent les 50 % chez les jeunes. La crise de 2008 a même renforcé encore les problèmes puisque ce sont les « zones urbaines sensibles » qui en ont été les plus touchées. Rien n'a changé non plus sur le terrain des discriminations. Par ailleurs, les familles redoutent toujours autant l'échec scolaire de leurs enfants. Dans un collège d'un quartier aisé, l'on réussit le brevet dans plus de 95 % des cas. Dans celui qui est au cœur de la ZUS, moins de 50 % des enfants y parviennent. Enfin, les relations fréquentes avec la police se passent toujours aussi mal.

Comment sortir de cette situation ?

L'échec scolaire et le chômage sont les véritables fléaux qui ravagent les quartiers populaires. Ils devraient être des priorités absolues. Il faudrait par ailleurs bâtir une fois pour toutes une vraie police de proximité, capable d'affecter durablement des policiers à des quartiers dans lesquels ils patrouillent quotidiennement à pied ou à vélo, rencontrent des habitants, des commerçants, des gardiens d'immeuble et des responsables associatifs, recueillent du renseignement, rendent service, mais aussi verbalisent les contrevenants et interpellent au besoin les délinquants. Des « gardiens de la paix » comme leur nom l'indique.

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