À l’école du vivant

Mis à jour le 23.06.26

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Enseigner le vivant, un impératif pour mieux comprendre le monde

À l’heure où la biodiversité et l’environnement sont en danger, où le croire l’emporte parfois sur le savoir, enseigner les sciences et notamment le vivant est indispensable.

C’est dans un contexte assez inquiétant que sont publiés en juin les nouveaux programmes de sciences pour les cycles 2 et 3, après la publication de ceux du cycle 1 en mai. La confusion entre le croire et le savoir, ces dernières années, s’est amplifiée par les réseaux sociaux pour lesquels toutes les paroles se valent, celle des scientifiques comme celle des complotistes. Par exemple, d’après une étude de l’Ifop parue en 2023, un jeune sur six pense que la terre est plate (lire ci-contre).

Les savants ont dès le 5e siècle démontré qu’elle était sphérique et à l’heure des télescopes spatiaux Hubble et James Webb qui traquent les origines de l’univers et renvoient des images époustoufl antes de l’espace, il semble diffi cile d’imaginer que l’on puisse douter de la rotondité de la planète bleue. Et pourtant, la défiance s’installe chez certains et certaines dans des domaines très divers : l’efficacité des vaccins, la réalité du réchauffement climatique, la perte de la biodiversité… La science a beau documenter, argumenter, un climat de suspicion s’installe.

LA PART DES SCIENCES

Alors, enseigner les sciences est plus que jamais nécessaire. Les nouveaux programmes fixent des objectifs ambitieux et ces enjeux semblent avoir été mesurés. Il s’agit de « permettre aux élèves d’acquérir des connaissances nécessaires pour décrire et comprendre le monde qui les entoure et développer leur capacité à raisonner », et aussi de faire en sorte qu’ils « enrichissent leur culture scientifique et technologique, ce qui contribue à les éduquer à la citoyenneté au regard de la place des sciences et de la technologie dans la société » (lire p. 16).
Mais la mise en pratique des programmes dès la rentrée, ne laissant pas de place à la nécessaire formation des enseignant·es, n’est pas gagnée d’avance alors que les besoins sont importants. Soria Hamdani-Bennour, spécialiste des pratiques enseignantes en sciences à l’école note d'ailleurs que « beaucoup d’enseignants se sentent peu formés, notamment parce qu’ils n’ont pas toujours suivi de cursus scientifique et bénéficient de peu de formation continue dans ce domaine ». (lire p. 17). Par ailleurs, alors que manifestement il y a urgence à former des citoyennes et citoyens éclairés dotés de l’esprit critique qui leur permettra d’évaluer les informations qui leur parviennent, la part laissée aux sciences dans l’emploi du temps hebdomadaire interroge. « Les injonctions institutionnelles priorisent le français et les mathématiques et conduisent souvent à diminuer le temps consacré aux sciences », déplore-t-elle.

LA DÉMARCHE SCIENTIFIQUE

Pour autant, dans les écoles, des PE ne se privent pas d’investir cet enseignement. Les cycles 3 de deux écoles girondines ont récemment participé à une rencontre scientifique autour de la classification du vivant, chacune ayant sa propre approche. « Au départ, les élèves étaient sur des actions de tri », se souvient une des deux PE ; « ils ont appris à classer et à utiliser des critères pertinents ». « Nous avons petit à petit mis en avant les caractères pertinents pour classer les êtres vivants. C’est compliqué et ça prend du temps. Mais ça permet de travailler la démarche scientifique », ajoute le collègue de l’autre classe (lire p. 16).
Dans la Drôme, les élèves de CP de l’école de Luc-en-Diois mènent une enquête sur la germination à partir de leurs observations saison après saison. « Je fais des sciences toutes les semaines et j’y prends autant de plaisir que mes élèves », commente l’enseignante, Amélie Thuilier. C’est qu’au-delà de l’acquisition d’une démarche et d’un savoir scientifique, les élèves doivent mobiliser pas mal de compétences : écriture, lecture de tableaux, calcul, mesure du temps, écoute, argumentation... (lire p. 18). « Avoir en tête la transversalité des sciences inciterait les enseignants à y consacrer plus de temps », poursuit Soria Hamdani-Bennour.

On le voit, les enjeux autour de l’enseignement des sciences sont divers : acquisition de connaissances, apprentissage d’une démarche scientifique, transversalité avec les autres matières d’enseignements, mobilisation du langage, acquisition d’un esprit critique et prise sur le réel. « À l’heure où nous parlons beaucoup de protection de l’environnement, de maintien de la biodiversité, il y a un enjeu éducatif en termes de connaissances car nous protégeons mieux ce que nous connaissons », estime Céline Grancher Samson, docteure en sciences de l’éducation (lire p. 19). Mais pour elle « il y a là un enjeu sociétal d’éveil des consciences et de formation des citoyens de demain. Il y a également un enjeu éthique inhérent au vivant, de la place que l’être humain s’est donné parmi le vivant ».

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