Ce n'est pas une psy-nécure
Mis à jour le 17.03.26
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Malgré l’empilement des missions, Christa Canquouet, psychologue de l’Éducation nationale à Menton (Alpes-Maritimes) choisit d’accorder la priorité aux besoins de l’enfant.
« Avoir un projet ambitieux pour chaque enfant. Rester persuadée qu’il a sa place à l’école et qu’on peut l’aider à se construire pour trouver sa place dans le monde ». Telle est l’éthique professionnelle de Christa Canquouet qui conçoit sa fonction de psychologue de l’Éducation nationale à Menton (Alpes-Maritimes) comme un « travail militant ». Pour elle qui a toujours travaillé dans le monde de l’enfance, exercer comme psychologue du service public est une « évidence ». C’est pourquoi elle laisse en suspens une maîtrise de psychologie pour préparer le concours de PE, alors passage obligé pour devenir psychologue scolaire. Après quatre années de classe en REP+ où elle « [se] régale », elle intègre la formation spécialisée à Aix-en-Provence, valide maîtrise, DESS* et diplôme d’État et occupe un premier poste de psychologue scolaire en 2003, avant d’intégrer le corps des « PsyEN » dès sa création en 2017.
Même si stages et expérience en REP+ lui donnent « une bonne représentation » des missions, Christa doit faire face à l’avalanche des tâches : réunions du RASED, du pôle ressource, équipes éducatives ou de suivi de scolarisation, entretiens avec les enfants, les enseignant·es, les AESH, les directions d’école et temps de synthèse avec de multiples partenaires institutionnels et de soins pour explorer toutes les propositions d’aide, d’orientation ou modalités d’intervention auprès des élèves. Soucieuse de se rendre disponible pour les 17 écoles de son secteur et parce que le temps manque pour la prévention en maternelle, elle choisit de « ne pas obéir à toutes les injonctions de bilan » et privilégie les « observations détaillées, plus intéressantes et les restitutions orales aux familles ».
UNE SANTÉ MENTALE FRAGILISÉE
Avec le recul de deux décennies de pratique, Christa constate le nombre croissant d’enfants qui « manifestent leur mal-être de plus en plus violemment à travers des crises extrêmement envahissantes ». Mais aussi « la précarité sociale grandissante et les diffi cultés d’accès aux soins, l’accompagnement éducatif insuffisant par manque de moyens, la sur-exposition aux écrans, la difficulté pour les parents à gérer la frustration dans une société du « tout, tout de suite ». Tout cela « confronte nombre d’enfants à des angoisses phobiques, une démobilisation scolaire, d’importantes difficultés attentionnelles ou une demande d’attention constante de l’adulte ».
À quoi s’ajoute dans la vallée de la Roya la situation d’enfants migrants allophones « désorientés, aux familles parfois éclatées, en attente de papiers ou en situation irrégulière, en grande insécurité » au point de renoncer aux soins pour échapper aux contrôles policiers. À ces souffrances d’enfants, Christa répond par « écoute et réconfort », mais les incohérences dans la relation Éducation nationale et le secteur médico-social et la crise structurelle de recrutement d’AESH empêchent trop souvent d’apporter les solutions durables. Alors Christa se saisit de toutes les occasions de réjouissance, des satisfactions « d’avoir dénoué une situation de tension école-famille, de voir sourire en récréation un enfant qui ne voulait pas y aller, d’entendre un autre dire que ça lui a fait du bien de venir me voir ». Ainsi demeure l’enthousiasme de transmettre aux nombreux stagiaires accueillis « ce beau métier, pas assez attractif ».