“Inciter les élèves à se questionner”
Mis à jour le 23.06.26
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Interview de SORIA HAMDANI BENNOUR, est chercheuse au LDAR* et formatrice à l’INSPE de Versailles.
QU’EST-CE QU’UNE DÉMARCHE SCIENTIFIQUE EN SCIENCES DU VIVANT ?
C’est une démarche qui repose sur une situation-problème incitant les élèves à se questionner. À partir d’une question simple comme – Comment fait-on du pain ? – les élèves formulent des hypothèses, qu’ils valident ou invalident grâce à différentes modalités d’investigation : observation, expérimentation, modélisation, recherche documentaire ou recours à un expert. L’observation directe de l’environnement proche est très accessible. Les classes explorent la cour, un parc ou un quartier pour identifier des végétaux, des animaux, des éléments fabriqués par l’être humain. Ils apprennent ainsi à observer finement, à classer et à construire des connaissances à partir du réel.
La démarche peut aussi être expérimentale, par exemple pour la germination des graines. Les élèves conçoivent alors des protocoles pour tester différents paramètres comme l’eau, la lumière ou la température, en comparant les résultats obtenus à un témoin. Garder des traces écrites élaborées collectivement de chacune des étapes, sous forme de photos, dessins ou textes, participe à la construction des savoirs.
QUELS OBSTACLES RENCONTRENT LES PE ?
D’abord, la démarche d’investigation, intéressante pour développer le raisonnement scientifique des élèves, est souvent perçue comme trop linéaire et chronophage. Certains enseignants ont du mal à suivre toutes les étapes qui nécessitent d’être explicitées. Le manque de matériel constitue également un obstacle fréquemment évoqué. S’ajoutent à cela des effectifs importants, qui compliquent les manipulations, mais aussi une place réduite accordée aux sciences à l’école primaire. En effet, les injonctions institutionnelles priorisent le français et les mathématiques et conduisent souvent à diminuer le temps consacré aux sciences. Enfin, beaucoup d’enseignants se sentent peu formés, notamment parce qu’ils n’ont pas toujours suivi de cursus scientifique et bénéficient de peu de formation continue dans ce domaine.
QUELS LEVIERS POUR DÉVELOPPER CETTE DÉMARCHE ?
S’appuyer sur l’environnement proche et sur l’école dehors rend possibles des activités scientifiques sans matériel complexe : observer les changements de peuplement au cours des saisons – animaux , arbres... De même, construire des projets collectifs au sein d’un cycle ou d’une école permet de mutualiser les idées, le matériel et les progressions. Des dispositifs comme les projets “École Vigie-Nature” ou les “Aires terrestres éducatives” favorisent cette dynamique collaborative autour de l’éducation au développement durable.
Le partenariat avec des associations constitue aussi une ressource matérielle et humaine précieuse. Par ailleurs, lors des activités scientifiques, les élèves lisent et produisent des écrits divers, mesurent des longueurs ou encore tracent des courbes, autant de compétences qui contribuent aussi à l’apprentissage du français et des mathématiques. Avoir en tête la transversalité des sciences pourrait inciter les enseignants à y consacrer plus de temps.
*Laboratoire de didactique André Revuz