« École des territoires », une réorganisation à marche forcée
Mis à jour le 23.01.26
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Le 16 janvier, le ministre de l’Éducation nationale a présenté sa politique dite de « l’École des territoires », en s’appuyant sur la baisse démographique pour annoncer une série de mesures concernant l’école rurale et l’éducation prioritaire. Derrière les éléments de langage, ces annonces confirment une volonté de réorganiser l’École publique selon des logiques essentiellement comptables, au détriment des personnels, des élèves et des territoires.
Des observatoires territoriaux pour décider sans les personnels
Parmi les annonces figure la généralisation des « observatoires des dynamiques rurales et territoriales » (ODRT), désormais étendus à l’ensemble des départements. Selon la circulaire publiée au BO du 15 janvier 2026, ces instances départementales, co-présidées par le préfet et l’IA-DASEN, auraient pour objectif « d’objectiver les spécificités scolaires » afin de définir de nouvelles organisations territoriales de l’école.
En réalité, ces observatoires s’inscrivent dans la continuité des observatoires des dynamiques rurales, que la FSU-SNUipp dénonce depuis leur création. Les organisations syndicales représentatives comme les représentant·es des parents d’élèves en sont totalement exclu·es. Les discussions sur la carte scolaire sont ainsi déplacées hors du cadre démocratique que sont les CSA et les CDEN, dans un dialogue restreint entre l’État et les maires.
Des projets anciens et dangereux remis sur la table
Dans son dossier de presse, le ministère illustre sa stratégie en citant des expérimentations locales et en réactivant des projets massivement rejetés par la profession :
- développement des « écoles du socle » et du continuum école-collège,
- “renforcement du cycle 3”,
- réduction des classes multiniveaux à faibles effectifs,
- limitation de l’exercice professionnel en site isolé,
- logique de réduction des coûts de fonctionnement.
Ces orientations font peser une menace directe sur l’École publique, qui reste bien souvent le dernier service public présent dans de nombreux territoires, en particulier en milieu rural.
Territoires éducatifs ruraux : des labels sans bilan
Le ministère annonce par ailleurs une quatrième vague de labellisation des Territoires éducatifs ruraux (TER) pour la rentrée 2026, portant leur nombre à 261, avec un objectif de 300 TER en 2027. Chaque territoire bénéficierait d’une dotation annuelle de 30 000 €.
Cependant , aucun bilan national n’a été fait sur l’impact réel de ces dispositifs sur la réussite scolaire, l’orientation ou la réduction des inégalités. Une fois encore, des moyens ciblés et temporaires remplacent une politique nationale ambitieuse pour l’école rurale.
Éducation prioritaire : un statu quo maquillé
Alors que le ministère reconnaît la nécessité d’actualiser la carte de l’éducation prioritaire, il refuse d’engager cette révision, invoquant des contraintes de calendrier électoral. À la place, il annonce des ajustements à la marge : 21 collèges et 66 écoles, dans 11 académies, bénéficieront de mesures spécifiques via une contractualisation sous forme de Contrat local d’accompagnement (CLA).
Ces écoles pourront notamment bénéficier :
- d’une attention particulière portée aux effectifs par classe,
- d’un poste supplémentaire de professeur·e des écoles attribué sur projet (hors maternelle),
- d’une indemnité transitoire de 1 250 € brut annuel pour les enseignant·es,
- d’une bonification RH pour la mobilité après trois ans.
Cette méthode a été unanimement condamnée par les organisations syndicales lors de la réunion ministérielle du 16 janvier.
Une méthode et des choix inacceptables
La FSU a rappelé son attachement à une politique nationale d’éducation prioritaire fondée sur les situations sociales les plus défavorisées, et non sur des dispositifs contractuels limités dans le temps. L’entrée par des CLA de trois ans, sans moyens nouveaux et reposant uniquement sur des redéploiements, est inacceptable.
La FSU dénonce également :
- l’absence de mesures indemnitaires pour les AESH et les AED,
- l’exclusion des écoles maternelles du dispositif « Plus de maîtres que de classes ».
Refuser une école réorganisée par la baisse démographique
À travers ces annonces, le ministère instrumentalise la baisse démographique. Plutôt que de réduire les effectifs par classe, de renforcer les RASED, la formation, l’inclusion ou les moyens humains, il accélère un projet de restructuration du service public d’éducation, au risque de priver certains territoires de leurs écoles publiques.
Pour la FSU-SNUipp, il est essentiel de porter ces enjeux : dans les CSA académiques et départementaux, auprès des élus locaux, dans les échanges avec les personnels PE, AESH et PsyEN.
Les personnels ne doivent pas être spectateur·trices de décisions prises sans eux. Les discussions sur l’organisation territoriale de l’école, dans le rural comme dans l’éducation prioritaire, ne peuvent répondre à de simples logiques comptables. La baisse démographique ne doit pas servir de prétexte pour imposer des projets largement rejetés par la profession.
La FSU-SNUipp revendique :
- Une révision immédiate et ambitieuse de la carte de l’éducation prioritaireDes moyens pérennes et nationaux pour tous les territoires
- La baisse réelle des effectifs par classe
- Le maintien et le développement d’une école publique de proximité
- Le renforcement des moyens humains
- La reconnaissance de tous les personnels
- Un dialogue social réel et démocratique
La FSU-SNUipp refuse que la baisse démographique serve de prétexte à un affaiblissement du service public d’éducation et continuera à porter ces revendications avec les personnels, dans tous les territoires.