Quand le jeu dépasse le "je"

Mis à jour le 28.10.23

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Avec la coupe du monde de rugby, éclairage sur les jeux collectifs à l'école.

A l’approche de la coupe du monde de rugby, la place des jeux à l’école prend une acuité particulière. Si spécialiste de l’éducation et PE critiquent la vision hygiéniste du sport à l’école sous-tendue par les orientations ministérielles, ils défendent les apports de l’éducation physique et sportive dans l’élaboration de compétences spécifiques et transversales et la construction des futurs citoyens et citoyennes.

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« L’éducation physique et sportive vise à acquérir des compétences qui ne sont pas exclusivement motrices, mais également sociales et méthodologiques permettant à l’élève de mieux se situer, vivre, analyser de manière critique son environnement social et culturel ». La définition que donne Maxime Travert, professeur des universités Staps*, des activités physiques et sportives claque comme un vigoureux placage contre la conception hygiéniste du sport à l’école portée par le ministère de l’Éducation nationale et encore illustrée dernièrement par les « 30 minutes d’activité physique quotidienne » (APQ). En quoi les jeux collectifs contribuent-ils à l’acquisition à la fois de compétences motrices et de compétences transversales ? Comment initier les élèves aux pratiques sportives et aux valeurs qu’elles véhiculent quand se succèdent des injonctions ministérielles visant à recentrer les apprentissages sur le français et les mathématiques ?

"Le but est que l'élève se rende compte concrètement
que l'autre est un atout, qu'il est indispensable et apporte quelque chose"

Selon Christine Amans Passaga, maître de conférence en Staps*, les PE doivent ainsi focaliser leur attention sur les enjeux didactiques des apprentissages des jeux pré-sportifs. « Ces enjeux doivent être clairs pour l’enseignant, qui va les rendre explicites aux élèves afin qu’ils objectivent et verbalisent ce qui permet d’atteindre le but du jeu : la stratégie, les critères de réalisation, en faisant le lien entre tactique et technique », souligne l’enseignante-chercheuse tout en précisant que l’EPS doit procurer du plaisir à l’élève. « Un plaisir immédiat résidant dans la nature et la qualité des sollicitations, mais aussi le plaisir qu’il y a dans la réalisation et l’objectivation par les élèves de leurs progrès réalisés pendant la séquence ».

Maxime Travert pointe aussi la spécificité des sports collectifs qui peuvent jouer un rôle dans la formation à la citoyenneté du jeune enfant. « Les sports collectifs permettent aux élèves de vivre de manière dynamique des interactions sociales autour des grands registres de règles : les règles de la société, les règles de vie de l’école, les règles du jeu faites de droits et de devoirs et les règles d’action qui définissent les actions efficaces ». Sur le terrain de jeu, dans le gymnase ou en pleine nature, les PE incarnent cette démarche qui fait du sport à l’école un vecteur d’émancipation citoyenne, d’intégration, d’égalité sociale et de lutte contre les stéréotypes liés au genre. 

« COOPÉTITION »

Une finalité éducative qui impose de s’extraire d’une démarche se contentant de transposer dans le cadre scolaire les codes et schémas de la compétition sportive. Sans pour autant renoncer à des activités physiques d’opposition à autrui car, comme le rappelle Maxime Travert, « l’adversité favorise la coopération, l’alliance à un partenaire, mais aussi à un adversaire dans le cadre d’une “coo-pétition” ». « Le but est que l’élève se rende compte concrètement que l’autre est un atout, qu’il est indispensable et apporte quelque chose », témoigne Candy Veneau, enseignante à l’école Louis-Pasteur de Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher) où deux classes s’initient à la pratique du kin-ball et du handisport. Des valeurs coopératives qui s’expriment particulièrement à travers l’apprentissage du rugby. Dans les écoles de Tarnos (Landes), la découverte de l’ovalie nécessite d’autant plus de temps qu’il s’agit d’un « sport à la fois collectif et individuel » et qu’il oblige simultanément à une déconstruction des pratiques habituelles avec la passe arrière. La rencontre finale motive les troupes, d’autant que « tous les enfants se sentent capables et profitent du moment de partage autour de ce sport », selon une enseignante.

Reste que pour Christine Amans Passaga, « la formation initiale des PE est insuffisante pour faire face à la polyvalence sur les activités physiques, sportives et artistiques ». Elle estime qu’il y a « un enjeu fort dans la conception de formations permettant de co-construire, entre formateurs, chercheurs éventuellement et enseignants, des outils didactiques pour faire vivre aux enseignants les situations de référence et d’apprentissage, puis les accompagner sur les séquences avec leurs élèves ». Structures et équipements à proximité, organisation de rencontres et tournois, travail pédagogique réalisé en équipes, conseillers et conseillères pédagogiques EPS en nombre suffisant, telles sont les conditions favorables à l’enseignement de l’EPS, mises notamment en avant par « les écoles vitaminées à l’EPS ».

*Staps : Sciences et techniques des activités physiques et sportives.

FsC 492 Dossier jeux co 2©SNEP-FSU

Un rouage essentiel

Organiser des rencontres sportives sans conseiller pédagogiques EPS de circonscription ? Une gageure ! C'est pourquoi "pour développer l'EPS et le sport scolaire" - dans 20 mesures pour apprendre en EPS à l'école primaire, développer le sport scolaire et augmenter l'activité physique quotidienne (2021) -, la FSU-SNUipp et le SNEP-FSU revendiquent de rétablir ces personnels et de redynamiser les équipes départementales de formation en lien avec l'Inspé et la recherche en Staps. Décisive pour l'organisation des événements, l'aide des conseillers pédagogiques EPS aux PE l'est tout autant pour mener des projets et assurer la formation continue. Or, depuis la circulaire de 2015, leur présence en circonscription ,'est plus obligatoire et en recul. E, 2021, la réforme du CAFIPEMF réduit le vivier des personnels, en différant de trois années la spécialisation EPS, après la certification. Surcharge administrative et missions supplémentaires (sécurité, climat scolaire, santé) achèvent de détourner les CP EPS de la formation et de l'accompagnement des PE, au détriment de l'accès de tous les élèves aux activités physiques et sportives, sans confondre ces dernières avec les "30 minutes d'activité physique quotidienne" (APQ)

Le sommaire du dossier :

  • Des écoles vitaminées : proximité des structures, possibilité d'un travail en équipe, importance accordée à l'EPS, trois conditions indispensables à la mise en œuvre des 3 h/s d'EPS...
  • Multi-derby au pays du rugby : reportage à Tarnos, en terre landaise où les rencontres créent une effervescence qui favorise l'apprentissage et le plaisir du jeu.
  • Adaptations didactiques : interview de Christine Amans-Passaga, maître de conférences Staps à Toulouse 3
  • Ensemble pour maîtriser le ballon : reportage à Montoire-sur-le-Loir dans le Loir-et-Cher, où deux classes s'entraînent à coopérer grâce au kin-ball et au handisport.
  • "...dynamique des interactions sociales" : interview de Maxime Travert, professeur des université et responsable de master MEEF EPS, auteur de recherches sur l'impact de l'activité physique et sportive sur les acquisitions scolaires.

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