Après les émeutes de juin

Mis à jour le 15.10.23

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Grand angle à Antony où la rentrée se fait sur des braises encore chaudes

Dans un quartier prioritaire à Antony (Hauts-de-Seine), des incendies lors des dernières émeutes ont privé d’équipements sportifs les associations et l’école, en recherche de solutions

En ce mercredi après-midi de rentrée, dans une allée ombragée du quartier Noyer-Doré à Antony (Hauts-de-Seine), des enfants tranquillement installés sur de grands tapis participent à un atelier de lecture proposé par le centre social. L’atmosphère est calme et feutrée, on a du mal à imaginer qu’il y a à peine plus de deux mois le quartier a été le théâtre d’émeutes urbaines. Elles ont débuté le mercredi 28 juin, au lendemain de la mort du jeune Nahel, tué par un policier, à Nanterre. Des groupes de jeunes ont brûlé des poubelles, des voitures et se sont attaqués au gymnase Éric Tabarly, mettant le feu à l’entrée. Deux jours plus tard, la salle polyvalente Mont Blanc toute proche sera incendiée. «Le lendemain de la première soirée, nous avons enlevé de la rue ce qui pouvait servir de projectile ou de carburant, raconte Yazid Hadjiat, éducateur à « L’Écoute » du Noyer-Doré, structure municipale. Le soir, on restait avec des médiateurs recrutés en urgence par la mairie pour discuter avec les familles et inciter les plus petits à rentrer chez eux avant que ça ne recommence.» Une fois la nuit tombée, il ne pouvait qu’assister «au jeu du chat et de la souris» entre les jeunes et les forces de l’ordre. Le dimanche, le calme est revenu et avec lui, l’heure du constat: le gymnase sera inutilisable jusqu’en janvier prochain. Pour la salle municipale plus sérieusement endommagée, aucune date de réouverture n’est encore avancée.

Exclusion au quotidien

L’été est passé mais les causes de cet embrasement laissent toujours les actrices et acteurs locaux assez dubitatifs. Réseaux sociaux, mimétisme et surenchère entre quartiers pour les uns, oisiveté en cette fin de mois de juin où collèges et lycées sont désertés alors que les structures de loisirs ne sont pas encore ouvertes, pour les autres. Mais des raisons plus locales sont évoquées. Les deux
structures incendiées, construites au milieu des barres d’immeubles dans le cadre du plan de rénovation urbaine, restent assez inaccessibles pour les jeunes du quartier. Escrime, tennis de table…, les associations sportives qui occupent les créneaux du gymnase ne font pas recette auprès d’eux. Quant à la salle, si elle est officiellement accessible à tout le monde, «quand un jeune vient la réserver, elle est déjà prise et souvent par des habitants extérieurs au quartier », explique Kamel Zerrou, éducateur. Mais les frustrations sont plus larges. «Les jeunes se sentent exclus, ont l’impression qu’il y a une discrimination dans l’accès
à l’emploi et dans ce que propose la mairie», rapporte Ugo Di Palma, conseiller municipal en charge des dispositifs de réussite
éducative. C’est ce qui est ressorti de la rencontre avec les jeunes organisée à la demande du maire juste après les violences urbaines. «Le maire entend apporter des réponses pour ce qui relève des compétences municipales, pour le reste, nous ferons remonter les préoccupations exprimées dans le cadre des discussions pour le nouveau contrat de ville». Dans cette commune de 60 000 habitants parmi les plus riches de France, le Noyer-Doré dénote avec un taux de pauvreté de 31% et avec 95% de la population vivant en logement social. Il fait partie des 1500 quartiers prioritaires de la politique de la ville dont la carte et les contrats sont en cours de renouvellement. Le 5 septembre dernier, la préfète des Hauts-de-Seine a organisé une rencontre avec les habitants, les associations et les élus. Problèmes d’hygiène et de vétusté des logements, de couverture médicale insuffisante, difficultés d’accès à l’emploi, tels sont les principaux griefs exposés par la population.

L'école, au cœur du quartier

La directrice de l’école Anatole France, Aline Becker, était présente, animant un des groupes de travail. «Notre école est en plein centre du quartier prioritaire. Si les effectifs sont encore limités, nous n’avons plus de maîtres supplémentaires, ni de dédoublement de classes». L’école est, en effet, sortie de l’éducation prioritaire depuis huit ans parce que rattachée à un collège qui a bénéficié d’une politique de mixité sociale réussie. Mais les difficultés, elles, sont toujours présentes pour cette école classée en politique de la ville. C’est pourquoi pour Aline, «il est important de participer à ces discussions pour trouver des solutions pour nos élèves et leurs familles». Ces enfants, il a fallu les rassurer lors de cette semaine de fin juin. « Une voiture avait brûlé à chaque bout de la contre-allée
qui mène à l’école, se souvient Isabelle Hoebler, enseignante de l’élémentaire. Les enfants avaient peur et nous racontaient les bruits la nuit, les tirs de mortiers d’artifice. Une odeur de caoutchouc brûlé flottait dans l’école. Alors, on en parlait avec eux pour les aider à évacuer ». Au milieu de toutes les urgences de rentrée s’ajoute maintenant la nécessité de trouver des solutions pour les élèves des six classes de maternelle qui se rendaient quotidiennement au gymnase et dans la salle Mont Blanc à proximité de l’école. Un espace
de motricité a été installé dans le hall de l’école mais la place est insuffisante pour envisager des parcours. Des enseignantes utiliseront la cour mais se demandent jusqu’à quand elles pourront le faire. D’autres iront dans un dojo ou à la salle de danse voisine où Thierry Aschehoug, éducateur sportif, a trouvé quelques créneaux libres. En réorganisant les services, les classes utiliseront le
gymnase de l’élémentaire le jeudi. «Le matériel sera installé durant toute la journée pour les élèves de maternelle. On dépanne, on fait comme on peut. Pour les activités du soir et du mercredi, on change le lieu et la nature des activités proposées ». Les clubs sportifs, eux, cherchent encore un lieu où se replier. L’école, soutenue par la Ville, demande un retour en éducation prioritaire.

FsC 493 Grand angle émeutes

ASSURER LA RENTRÉE
Pendant la semaine des émeutes, 243 écoles ou établissements scolaires ont été pris pour cible et une soixantaine ont subi des dégâts importants, une dizaine ayant été détruits partiellement ou en totalité. Pendant l’été, des travaux ont parfois permis la réouverture de certains d’entre eux dès le 4 septembre comme l’école Launay à Lille (Nord). Pour d’autres, il a fallu déménager ou s’installer dans des préfabriqués. Les élèves de l’école Desnos du Petit-Quevilly (Seine-Maritime) et de la maternelle de La Verrière (Yvelines) sont accueillis dans une autre école, ceux de Marguerite Perey à Strasbourg (Bas-Rhin) dans deux écoles voisines pendant que les élèves de l’école Jean Zay de Macon (Saône-et-Loire) sont répartis dans quatre écoles avec transport mis en place. Ceux de l’élémentaire de
la Verrière sont accueillis dans des locaux mis à disposition par la région. Système D et solidarité

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