Regards croisés sur l’inclusion
Mis à jour le 20.03.25
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Quel bilan de l’école inclusive? Quelles pistes pour une véritable inclusion?Dans le cadre de sa campagne “ école inclusive, oui mais comment ?”, la FSU-SNUipp a fait appel à l’expertise de deux chercheurs, Alexandre Ployé, professeur des Universités en sciences de l’éducation, spécialiste de l’inclusion et Yves Reuter, professeur émérite à l’université de Lille.
Alors que la loi handicap fête ses 20 ans, la FSU-SNUipp lance une enquête flash auprès des personnels afin de mettre en vis à vis la réalité de l’inclusion et les mesures incontournables pour l’améliorer. Dans ce cadre, pour alimenter les débats, elle a organisé un webinaire “L’inclusion, oui mais comment faire?”, avec Alexandre Ployé, professeur des Universités en sciences de l’éducation, spécialiste de l’inclusion et Yves Reuter, professeur émérite à l’université de Lille, questionne avec les personnels la mise en œuvre de l’école inclusive, met en lumière différentes analyses de la recherche et explore les pistes pour une meilleure inclusion
Replay Webinaire "L'inclusion oui mais comment faire?"
L’école inclusive, un slogan davantage qu’une réalité
“Depuis 20 ans, on peut signaler une réussite quantitative de l’inclusion scolaire parce que le nombre d’élèves en situation de handicap, autrefois exclus de l’école, a considérablement augmenté, souligne Alexandre Ployé. Mais le discours politique ne s’est pas accompagné sur le terrain des réformes structurelles que d’autres pays ont mené, faisant peser la responsabilité de la réussite de l’inclusion scolaire sur les enseignants.” Si PE et AESH sont convaincus de son bien fondé, A. Ployé souligne que l’inclusion s’impose comme une injonction sans moyens supplémentaires notamment en termes de formation et de personnels spécialisés.
Yves Reuter, pointe que l’école française est une institution qui produit de la ségrégation et de l’exclusion scolaire “qui touche plus particulièrement les enfants issus de milieux défavorisés et plus spécifiquement ceux issus de la grande pauvreté”. Pour le chercheur, l’école provoque échec, décrochage, mal être car elle demeure opaque pour nombre d’élèves mais aussi pour les familles et même pour les PE sur lesquels tombent de nombreuses réformes. “La question de l’inclusion remet en question le fonctionnement de l’école mais aussi de l’ensemble de la société”, ajoute Y. Reuter.
La FSU-SNUipp invite PE et AESH à remplir l’enquête en ligne
Des pistes diverses pour réussir l’inclusion
“On ne peut pas faire l’école inclusive sans enseignants spécialisés, affirme À. Ployé. Si la France s’inspire de l’Italie en s’emparant de l’idée qu’il faut des moyens humains supplémentaires, cela se traduit uniquement par le recrutement d’AESH, “des personnels qui sont les moins formés, les moins rémunérés, les moins reconnus en termes de statut, à qui échoit le devoir de s’occuper des enfants les plus lourdement handicapés, ceux qui laissent dans un grand désarrois pédagogique les enseignants”, précise-t-il. L’école inclusive requiert par ailleurs des gens qui ont un surcroît de formation”. “Former tous les enseignants à une multiplicité de solutions possibles”, complète Y Reuter parce que répondre à l’hétérogénéité croissante des besoins des élèves ne peut résider en une solution unique.
La baisse des effectifs dans les classes, le dispositif “plus de maîtres que de classes”, les équipes pluriprofessionnelles sont aussi des leviers pour sortir de la solitude, croiser les regards de manière à multiplier les expertises. Y. Reuter souligne que les équipes pluri professionnelles réunissant l’école et le médico social ne peuvent fonctionner qu’à condition qu’il y ait “une formation spécifique pour ces catégories d’acteurs pour mieux comprendre la logique professionnelle, le travail, les conditions de travail des autres et du temps de concertation et d’observations mutuelles des pratiques ”. Si créer une culture partagée est un axe de développement, A. Ployé en pointe les limites avec l’existence de déserts médicaux, l'éloignement géographique et l’absence de formation commune.
En revanche, le collectif des équipes d’école est identifié par les deux chercheurs comme une source de “pouvoir d’agir des enseignants”, “des espaces pour construire des réponses” pour lesquelles il importe d’avoir “de la souplesse” mais aussi des espaces qui peuvent être “des lieux où la souffrance se dit”
Pour permettre à tous les enfants dits à besoins particuliers d’entrer dans les apprentissages, à leur rythme, dans un cadre collectif et de s’émanciper, le seul recours à un accompagnement par une AESH n’est pas une réponse suffisante. La baisse des effectifs dans toutes les classes, le retour au dispositif du « plus de maîtres que de classes », une formation initiale et continue de qualité, un temps de concertation institutionnalisé, la mise en place d'un travail interprofessionnel et le retour à des RASED complet sont indispensables.